C’est le premier contact avec la matière, un contact sensible. De cette approche nait un dévouement pour l’expérimentation et l’observation. Tout comme un jeu, la recherche est perpétuelle. La quête de compréhension des volumes, des spécificités, des textures, et des couleurs, en surface ou dans l’épaisseur même du matériau, me conduit à mieux appréhender sa nature brute. Je me laisse guider par ces particularités, parfois même surprendre par les révélations qu’il dévoile. Les formes naissent du contact de l’outil, de l’intensité du geste, de ce que le matériau me permet. C’est un échange qui révèle les capacités plastiques et expressives de celui-ci. De par sa nature propre la matière décide de ce qu’elle va devenir, elle dicte et influence mes gestes.

                       
                       Confronter deux matériaux est une autre façon d’appréhender la matière, la rencontre donne souvent lieu à un rapport de force, de tension, d’union. La relation entre les deux éléments implique qu’ils évoluent ensemble, ils dépendent l’un de l’autre et prennent forme par la réunion de leurs qualités propres.
La confrontation existe aussi entre le «corps-sculpteur» et la sculpture naissante. La dimension et le poids des matériaux engendrent un investissement corporel important, c’est un rapport physique fort, une sorte de lutte mais aussi quelque chose de très sensuel.
Les volumes évoluent, se transforment dans l’espace à travers des gestes quasi chorégraphiques. C’est l’ensemble du corps qui est mis à contribution pour courber la tôle, qui se déplace pour tailler le contreplaqué. Les pièces évoquent des principes de poids, d’équilibre et d’extrême fragilité, elles racontent la puissance de la rencontre, l’énergie qui les a liés à un moment donné.

                                                       
                       Depuis peu, je développe un dessin fait de lignes, de masses, sortes de protubérances organiques évoquant les mutations internes du corps; tumeurs qui se forment, s’étendent et se multiplient, les handicaps physiques qui peuvent transformer l’anatomie. Les difformités du corps m’intéressent, elles nourrissent des formes abstraites, aléatoires et totales, représentations personnelles que je fais des mutations organiques. La façon dont notre corps fonctionne et évolue au quotidien donne naissance à de nouvelles pièces, met en place un processus de travail physique, charnel et poétique.


                              Le geste qui donne forme au matériau est devenu pour moi tout aussi important que la pièce en soi et m’amène à repenser le volume, le matériau à travers le langage corps. « L’acte », qu’il engendre un volume, ou une multitude de points sur une feuille, fait partie intégrante de l’œuvre. Le corps est placé au centre du processus de création, il est pleinement impliqué dans le geste et donc la trace, comme l’empreinte de l’effort. Chaque mouvement du corps, impulsif, maladroit s’ancre dans la matière. Les accidents jouent un rôle essentiel, dont je ne peux me soustraire et avec lesquels j’aime composer. Ils sont toujours riches d’enseignements, ils permettent de comprendre la matière et d’évoluer avec elle. Les matériaux influencent les mouvements de mon corps et le corps offre une matière à dessiner, sculpter.


 

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